Michel Hébert

Président et fondateur de Jump France - Vice président de TBWA France - Fondateur et président de NO-LOGIC consulting


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"Raisonner Métis, l'un des grands défis du 21éme siècle pour les entreprises en général"

La crise des organisations, conférence Science Po Paris - janvier 2010

 La crise des organisations

J’ai écrit un livre, le troisième sur le même sujet, sur le credo de notre entreprise depuis 1993, ce livre, je l’ai appelé « Raisonner Métis ».

Il traite du changement dans la, les façons de travailler. Raisonner Métis veut dire, mélanger des gens de cultures différentes, de métiers différents, des gens qui ne pensent pas pareil, pour trouver des idées nouvelles. Tel est notre credo depuis 15 ans.

Pourquoi ai-je écrit « Raisonner Métis » ? Je m’explique.

La mutation économique générale, normale, à laquelle se rajoutent les crises diverses profondes, environnementales, la crise financière, les hausses de matières premières, et les changements imprévisibles, tout cela concernant l’entreprise, les collectivités et les citoyens, fait que nous savons tous qu’il faut changer dans ce contexte.

Contexte qu’Edgar Morin définit de façon très juste en disant « Il y a le palpable, l’incertain, et c’est toujours l’inattendu qui arrive ». C’est ça le monde d’aujourd’hui. Il faut gérer l’inattendu, car plus personne n’est capable de prévoir quoi que ce soit. Et c’est pour ça qu’il faut changer.

Voyez vous, le changement c’est une peu comme les retraites, on se repasse le problème jusqu au jour où on peut plus faire autrement que changer.

Le changement, franchement, on préfère que ce soit un autre qui s’en charge. Le changement fait peur.

Et il est bien évidemment urgent ce changement. Prenons conscience des choses suivantes :

D’un côté, il y a la mutation économique et l’inattendu que je viens d’évoquer et de l’autre coté, les entreprises au sens large du terme qui sont organisées suivant le modèle « Production ».

Les entreprises et les théories de management, encore souvent en vigueur, sont nées avec ce concept car à l’époque, 1950, il s’agissait de produire. 

Ces entreprises modèle « production » fonctionnent et sont organisées de façon taylorisée, service après service, travaillant selon un processus séquentiel selon lequel les tâches avancent l’une après l’autre. On ne commence pas son travail avant que l’autre ne l’ait terminé. C’est donc lent alors que dehors, c’est la vitesse et l’imprévisible.

Et bien, la majorité des ouvrages de management,qui peuple hélas, les librairies aujourd’hui, la majorité des cours de bon nombre d’écoles de commerce, re Hélas, sont basés majoritairement sur le modèle des entreprises de production.

Et puis, on nous a appris la conquête du pouvoir.

On nous a appris l’individualisme, dans nos écoles, dans l’éducation de nos parents… Tu seras premier de la classe, donc tu vas marcher sur la tête des autres.

 

Alors, voyez l’absurdité des choses que nous vivons aujourd’hui.

D’un côté, tout le monde sera d’accord pour dire qu’aujourd’hui, face aux grands enjeux inattendus, on a besoin de se rassembler pour trouver des idées nouvelles. Un ministre des finances disait, il y a quelques jours, que face à la crise générale, nous devions éviter le repli sur soi et avions besoin de visions et d’idées collectives. Il a 10 000 fois raisons. D’autres personnes d’influence le disent.

D’un côté on parle donc de la nécessité de la réflexion collective, et de l’autre, on récompense non pas le collectif et ses idées, mais l’individu et sa chasse gardée, ses avantages acquis parce qu’on a toujours fait comme ça. Nous n’avons pas eu de réflexions collectives sur nos organisations qui sont aujourd’hui totalement dépassées par les évènements.

Alors aujourd’hui face à la mutation économique, aux crises diverses, on est obligé de se poser la question qui fâche : « Chacun fait bien son travail, mais fait-on pour autant le meilleur travail collectif pour la marque, le projet, la cause ? ». La réponse est non.

Soyons sérieux quelques instants ! Comment peut-on imaginer qu’un cerveau nu, comme le disait Joel De Rosnay, seul dans son bureau, pour garder son pouvoir, puisse affronter l’ensemble des nouveaux enjeux colossaux, qui se présentent devant nous et trouver des solutions efficaces ?

Comment peut-on continuer à perdre notre temps, à s’entre-déchirer pour de sombres histoires de pouvoir, de jalousie, d’individualisme, alors que l’urgence est de trouver ensemble des solutions nouvelles collectives ?

En travaillant, comme d’habitude de façon séquentielle, entre personnes du même service, on ne peut que répéter des solutions conventionnelles. Ca se voit partout même au niveau politique.

Un ingénieur + un ingénieur, ça donne des solutions d’ingénieurs conventionnelles. Un publicitaire + un publicitaire, des solutions de publicitaires conventionnelles. Mais quand vous mettez un médecin + un informaticien + un roboticien, ça donne l’invention de la chirurgie à distance, donc une idée non conventionnelle. Pourquoi ? On a mélangé des gens qui ne pensent pas pareil.

Dans ce contexte économique, social, environnemental nouveau, nous avons besoin avant toute chose d’avoir des idées, des idées non conventionnelles, nous avons besoin de devenir des entreprises d’idées, et plus des entreprises de production.

Pour devenir des entreprises d’idées, il ne s’agit plus de faire autrement, mais de penser autrement. Pour penser autrement il faut donc s’organiser autrement, se rassembler.

Aujourd’hui, l’heure d’abattre les murs de Berlin des idées à l intérieur des entreprises (je veux parler des cloisons entre les bureaux) est arrivée.

 Ce « raisonner Métis » est l’un des grands  défi du 21e siècle, car il provoque un certain nombre de réticences. Réticences que nous devons gérer quotidiennement. Réticences parce qu’on nous demande de travailler autrement. Des exemples :

- Raisonner métis, c’est accepter la confrontation des idées et les heurts.

C’est accepter l’engueulade. Or la convention veut que les réunions soient consesuelles, tiedes , tiedasses, molles, mollasses

On doit être comme dans une équipe de Rugby.

- Raisonner Métis, c’est accepter de délivrer son savoir au cours des confrontations . Réticence car déténir l information c’est , maintenir son pouvoir

- Raisonner métis, ce n’est plus faire des statues aux gens brillants, mais aux gens ayant la capacité d’entraîner, de susciter un travail collectif interne.C’est ça les gens importants de demain. La focale de jugement de la performance des individus change.

- Raisonner Métis, c’est accepter d’être récompensé en fonction de la performance globale de l’entreprise, et plus en fonction du travail individuel, qui nous ramène au repli sur soi.

Je conclus

« Raisonner Métis » c’est passer de « bien vu à autrement vu ». Tout ce que nous voyons est toujours influencé par notre histoire, notre éducation, nous regardons toujours les mêmes choses de la même manière sous le même angle.

La conséquence est que nous avons tendance à écarter, ce qui n’est pas dans notre sphère de pensée personnelle. Au bout du compte, on tourne en rond et on refait sans cesse la même chose. Méditez la citation d’Einstein

« L’absurdité consiste à faire et refaire chaque jour la même chose en pensant que le résultat sera différent ».

C’est de ce constat évident qu’il nous faut tous partir.

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